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ésotérisme et modernité

ROYAUTÉ ET CHEVALERIE

ROYAUTÉ ET CHEVALERIE

 

 

Définissons ce qui est traditionnellement la fonction royale. Le roi est celui qui est reconnu par les siens et par les autres, comme ayant le pouvoir de régner, régir et réguler ce qui est sous son autorité et qui est appelé son «royaume».

L'étymologie est importante car elle met en relation certaines notions, et permet par analogie de comprendre le sens que recouvraient certains mots chez nos Anciens. À la racine de «roi», on rapporte entre autres, la notion de rayer et de bariolage, comportant des rayures, mais aussi le sens de rayonner. Ceci nous évoque la fonction du centre de la roue, moyeu, centre immobile, duquel partent les rayons qui, en se déplaçant, font tourner la roue. Le maître du moyeu est le maître de la roue, il est au-delà des cycles, il peut accomplir la fonction royale. On pense au Soufisme, et aux Derweeshs tourneurs qui nous enseignent à comprendre comment le centre du monde passe par chacun de nous, ou comment nous placer dans l’axe du centre du monde. Un souverain s'est attaché l'épithète de Roi-Soleil, autant en raison de l'éclat qu'il a donné à sa dignité, que de la forte centralisation du pouvoir royal sous son règne. Cette centralisation est synonyme d'ordre, mais elle requiert une harmonie absolue que l'on peut illustrer par la solidité des rayons de la roue, car la moindre tension périphérique sur une roue mal centrée ou dont les rayons sont mal équilibrés provoque l'éclatement de celle-ci.

Sur la maîtrise du centre, rappelons la légende d'Alexandre le Grand et du nœud gordien. Pour conquérir la ville de Gordion en Phrygie sans coup férir, et lui garantir la conquête de l’Asie, les prêtres proposèrent à Alexandre de dénouer le timon d’un char. La complexité du nœud était telle, que l’entreprise semblait vouée à l’échec. Il trancha donc le nœud d’un coup d’épée. C’est un exemple de ce que les hermétistes appellent la voie sèche. La voie humide ressemble au mythe de Thésée qui ne peut sortir du labyrinthe que grâce au fil d’Ariane, déjà évoqué.

En vieux français, le roi se prononce le «roué», d'où les analogies possibles encore avec la roue, et avec la ruse, roué voulant également dire rusé, ou malin, c'est-à-dire capable de sortir des enchaînements de cause à effet, et de trouver des solutions là où les autres ne voient qu'une impasse. À ces notions de roue, de courbe ou de projections, le maître maçon reliera sans difficulté l'utilisation de son outil de prédilection : le compas. Cet instrument sert à définir les limites du bien et du mal, ou nos limites propres, ainsi qu’à reporter des mesures. Cet instrument qui dérape si facilement lorsqu’il est ouvert trop largement…

À cette notion de rayonnement et de centre, se rattache évidemment celle de l'Axis Mundi ; il n'existe pas de roi sans terre, mais un royaume n'est pas forcément terrestre. Il peut être céleste, caché ou souterrain. Renvoyons à ce sujet au « Roi du Monde » de René Guenon. Mais il n'existe pas de roi sans reconnaissance, et cette notion est essentielle, car elle signifie une légitimité de la dignité du souverain ; cette reconnaissance entraîne un phénomène irréversible, à la suite de la transformation de la personnalité effectuée par cette même reconnaissance, et par les rites qui la concrétisent.

Ainsi, un souverain déchu reste un roi avec toutes les conséquences que cela comporte, car si la démission de la fonction est possible, la persistance de la nature royale sans son cadre de manifestation, entraîne une forte distorsion des rapports de l’individu avec ce qui l'entoure ; d'où dysharmonie, souffrance et malheur.

L'initiation maçonnique, en tant qu'art royal, comporte, nous le savons, ce caractère à la fois absolu et irréversible jusqu'à la mort, obtenue parce que l'on a été «reconnu comme tel». La reconnaissance royale passe, dans la tradition, par le sacre et par l'onction. Cette onction a vraisemblablement atteint sa forme la plus élaborée dans le sacre des rois de France. Nous renvoyons à ce sujet aux ouvrages spécialisés, mais nous soulignerons les points essentiels suivants. Le roi de France était sacré en habit de chevalier. Or, la chevalerie correspond à une voie de réalisation spirituelle, le sacre royal était analogue à celui des évêques, créant un pont entre pouvoir royal et pouvoir sacerdotal (le pontife). Le sacre est délivré par l'autorité religieuse, comme le pont entre la reconnaissance du pouvoir temporel et la reconnaissance du pouvoir spirituel. De même, du temps de Salomon, la dignité royale exigeait d'être reconnue par un prêtre et un prophète, nous y reviendrons ultérieurement ; Le roi de France, comme le roi d'Angleterre, étaient réputés pour avoir le pouvoir de guérir les écrouelles, et Louis XIV continuait d’imposer les mains à son peuple.

Comment un roi traditionnel exerce-t-il son pouvoir? Un jeu de mots pourrait se faire entre le roi et l'empereur. Celui qui régit et régule d’une part, et celui qui impérativement impose, l’imperium d’autre part.

Le roi traditionnel n'est pas un tyran arbitraire. Bien que « monarque », il ordonne un monde qu'il régit «sans violences». L'ordonnance qu'il donne à ce qui l'entoure est un acte d'harmonisation. Certes, un vieux fantasme humain réside dans l'idée d'un monde soumis à sa propre volonté, sans que l'on ait besoin ni de tenir compte des autres, ni, surtout, de lâcher une parcelle de sa personnalité. Ceci n'est toutefois possible qu'aussi longtemps que l'on est en harmonie avec ceux que l'on gouverne, et cet effort d'harmonisation doit venir des deux parties, d'où l'importance de la notion de reconnaissance. Un pouvoir de type impérial, ou tyrannique, n'est nécessaire que dans des périodes où le «royaume» a perdu toute homogénéité et toute potentialité à reconnaître un roi. Le pouvoir royal traditionnel, pour fonctionner, demande donc des sujets responsables, et capables d'exprimer une opinion cohérente.

Il va de soi que, dans le cours de l'histoire, rois, empereurs, tyrans ou présidents, sous divers types de pouvoir, ont été affublés de noms de fonctions sans rapports avec l'idée traditionnelle que ceux-ci étaient censés véhiculer.

 

 


 

PROPHÉTISME ET CHEVALERIE

 

 

L’œil du prophète est l'œil qui voit tout, et rien ne peut échapper à ce troisième œil, auquel est attachée la notion de vigilance.

Dans la Bible, les Juges constituent des personnalités à part. On peut rapprocher la soumission du juge de celle du prophète; en effet les juges sont une expression de la volonté divine, qui se manifeste par eux sans passer par la voix royale ni par la fonction sacerdotale. Cette notion est sûrement aussi importante, si ce n'est plus, que la fonction royale, puisque Dieu seul est traditionnellement considéré comme étant le roi d'Israël, d'où le caractère tragique de l'existence de la plupart des rois d'Israël.

Si l'Oint du Seigneur est parfois l'appellation du Prophète, on ne rapporte cependant qu'une seule onction prophétique dans la Bible : celle d'Elisée par Elie (I Roi19/15-21). Élie enveloppe également Élisée de son manteau, comme nous le voyons faire dans certaines cérémonies. Le manteau du Prophète est un symbole que l’on retrouve encore ailleurs. Cet exemple d’investiture est singulier, car c'est l'un des rares cas où il existe une transmission prophétique. En effet, l'un des caractères essentiels de la fonction prophétique, est d'être généralement imposée par Dieu, souvent contre la volonté de celui qui s'en trouve investi, car dans bien des cas il se trouve rejeté aussi bien par ses concitoyens que par sa famille. Cette irruption de la volonté divine dans un individu ne requiert aucune qualification particulière, et souvent ce sont des éléments contre-initiatiques qui marquent les prophètes, comme un abord de Dieu par la négative. Ainsi Moïse était-il bègue, et souvent, en dehors de la tradition biblique, on retrouve des borgnes, boiteux ou manchots, investis d'une fonction prophétique, ou suivant une voie de réalisation spirituelle de ce type, ne requérant aucun des caractères et des conditions de la voie initiatique. Le prophète peut s'exprimer par la parole, mais parfois il s'exprimera par la voix d'un autre (Moïse et Aaron), ou bien encore il s'exprimera par des gestes, par une façon de se conduire. Osée est un exemple type de ce dernier cas. Ceci n'est pas une originalité pour se démarquer de la masse, mais un caractère approuvé par Dieu, qui lui permet, comme un signe, de se faire reconnaître, et de montrer la volonté divine et le type de message qu'il doit faire passer. À l'origine d'Israël, les trois fonctions sacerdotale, royale et prophétique sont évidemment mal séparées. Ainsi Saül est-il à la fois prophète et roi. Une autre notion mérite de retenir notre attention : celle de faux prophètes.

Il n'existe pas de faux rois ni de faux prêtres mais il existe de faux prophètes. C'est là que toute la clairvoyance intérieure de l'individu doit jouer pour comprendre les signes qui sont réellement donnés par la main du Tout-Puissant, et ne pas se limiter à l'aspect extérieur des choses. Il n'est pas donné à tout le monde de reconnaître un vrai prophète. «On reconnaît l'arbre à ses fruits.» Il est également intéressant de noter que la révélation prophétique se fait parfois dans un état de transe, qui peut être obtenu au travers de la musique, et plus particulièrement des harpes, encore Élisée au 2 Roi 3/15. Cette relation donne une signification intéressante au psaume n° 137 :

Sur les bords du fleuve Babylone nous étions assis et nous pleurions en nous souvenant de Sion.

Aux saules de la région, nous avions suspendu nos harpes,

Car nos vainqueurs, qui nous tenaient en captivité, nous demandaient des chants, et nos oppresseurs de la joie.

Comment chanterions-nous les cantiques de l'Éternel en terre étrangère?

Si je t'oublie, 0 Jérusalem, que ma main droite m'oublie, si je ne me souviens de toi, que ma langue s’attache à mon palais, si je ne fais pas de Jérusalem le principal sujet de ma joie.

Pour n’importe quel médecin, le sens littéral de cette dernière phrase est que l’on ne peut oublier Jérusalem que si l’on a fait un accident vasculaire cérébral gauche (destruction d’une partie des neurones de l’hémisphère cérébral gauche), donnant une paralysie droite et une aphasie (impossibilité de parler), s’accompagnant de pertes de mémoire. D’autres sens symboliques plus élevés existent que d’aucun connaissent ; de plus, si les harpes restent accrochées, il n'y a plus de révélation prophétique (cerveau droit).

Le problème essentiel du prophétisme, réside dans le fait que le prophète n'est pas toujours investi d'un pouvoir d'harmonie, car il est souvent amené à devoir briser une situation de dégradation et de dépravation; or, lorsque le pouvoir destructeur de la Divinité se manifeste par le prophète, le commun des mortels a souvent du mal à reconnaître la main de Dieu; c'est pourquoi, dans l'Arche Royale, nous sont présentés les pouvoirs créateur, protecteur et destructeur de la Divinité. Ce dernier volet du pouvoir destructeur est souvent oublié par les profanes, et bien des initiés, qui ne sont pas capables d'intégrer l'idée de mort et de destruction dans le grand plan du Grand Architecte de l'Univers. C’est une des différences fondamentales entre l’ésotérisme et l’exotérisme.

Savoir écouter la parole de Dieu, qui en permanence s’adresse aux hommes qui ne l’entendent pas, est une des caractéristiques du prophète.


 

SACERDOCE ET CHEVALERIE

 

 

La dignité sacerdotale est du domaine essentiellement spirituel.

Cette dignité est liée à une initiation particulière dont la transmission permet, à celui qui l'assume, de servir d'intercesseur entre l'homme et la Divinité, en accomplissant des sacrifices, sans être atteint ou responsable des souillures engendrées par le sacrifice.

En effet tout sacrifice, quel qu'il soit, se fait aux dépens d'une victime qui est de plus innocente. Il s'agit d'un acte violent, cruel dont le peuple se décharge sur le prêtre et dont le prêtre se décharge sur la Divinité. Nous retrouvons la nature destructrice de la divinité. Nous n'entrerons pas sur le terrain des nécessités socio-psychologiques du sacrifice, et de tout ce qui l'entoure, mais le sacrificateur est un bourreau qui, sacralise sa victime qu'elle soit ou non consentante, par le rite qu'il accomplit, et ce caractère est reconnu sacré par les fidèles qui assistent, participant ainsi à ce sacrifice. Le sacrifice est aussi un dialogue avec la Divinité qui doit répondre d'une façon ou d'une autre; le plus souvent, la victime ayant été sacrifiée, le message en retour de la Divinité s'exprime par la bénédiction, répandue par le même sacrificateur, sur l’assemblée.

Le premier meurtre dans la Bible est particulièrement lourd de significations.

Caïn offre le premier sacrifice, des fruits de la terre, mais Dieu préfère le second, les offrandes d'Abel, qui sont les prémices de ses bêtes. En dehors du caractère sanglant du second sacrifice, il semble d'après certains exégètes, que si le sacrifice de Caïn a été refusé, c'est parce qu'il n'a pas offert les prémices de ses récoltes : ainsi, le sacrifice d'Abel était-il plus grand que celui de Caïn. Saint Paul évoque plutôt la foi les différenciant.

Pour Saint Paul : Dieu est le Dieu des Nations, Il est unique. Mais, si un homme monothéiste pense qu’il n’y a que son Dieu qui est le vrai, cet homme s’enferme dans une contradiction : car si Dieu est unique, il est universel, Dieu ne peut servir de limite, de frontière entre des hommes, car Il serait lui-même limité alors qu’Il est infini. Mais comme l’homme ne peut concevoir l’infini avec son cerveau analytique, il reste dans cette contradiction.

Ce n’est pas un croyant, celui qui cherche la justification selon ses actes. La Foi n’a pas besoin de justification . Or, la règle de Saint Benoît le travail manuel et la prière, l’action et la réflexion, nous fait penser à une inspiration particulière combinant ces principes avec une grande habileté. Cette initiation des confréries est vraisemblablement issue des monastères chrétiens médiévaux, où des traditions païennes et notamment celtiques sont restées longtemps vivaces.

À l’époque de Saint Paul, les prêtres et l’ordination n’avaient pas été institués, d’où son Epître aux Hébreux « Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melkisédecq ».

Lors de ses voyages Saint Paul installe des chefs de communauté parfois des femmes, souvent menant vie de famille, mariés, comme les premiers apôtres.

Un autre sacrifice, celui d'Abraham, bien après Melkisédeq, mérite une attention d'autant plus importante qu'il s'est déroulé sur la montagne sainte de Moriah , lieu de la construction ultérieure du Temple. Mais, le vrai sacrifice est celui de la soumission d'Abraham à la volonté divine, le remplacement du sacrifice humain par le sacrifice animal n'est que subsidiaire. La confiance, ou la foi, est la vertu exigée, couplée à l’exécution du rite. On retombe à nouveau sur la vertu de Miséricorde.

Abraham n'est pas un prêtre, mais il en acquiert la dimension. Le sacrifice de Melkisédeq est celui du pain et du vin, et son pouvoir, celui est de donner la bénédiction ; nous y avons déjà fait allusion à propos de la dignité royale, mais il est aussi profondément sacerdotal. Cette théophanie est passionnante, car étant à l'origine de cette dignité sacerdotale, « tu es Prêtre dans l'ordre de Melkisédeq».  On peut le comparer au personnage mystérieux du « Prêtre Jean » dans la tradition occidentale, évoquant la Tradition Primordiale. Melkisédeq est à l’origine des trois religions du livre, car cette dimension sacerdotale est acquise par Abram après qu’il ait obtenu la dignité royale que lui confère sa victoire sur les quatre rois, justification du guerrier, et après qu’il ait reçu la révélation divine d’essence prophétique. On l’appellera dès lors Abraham.

On trouve donc deux types de sacerdoce en opposition apparente, mais que l'on essaie de rendre complémentaires: ce sont le sacerdoce d'Aaron avec le sang, et celui de Melkitsedecq avec le pain et le vin. Sacrifice humain, sacrifice animal, sacrifice végétal, sacrifice vivant, naturel ou transformé, sacrifice spirituel, sacrifice divin ...

Ce qui compte c'est l'attitude spirituelle du sacrificateur lorsqu'il n'est pas initié, et son respect du rite s'il a été initié. L'un des grands mystères de la vie est que l'homme n'accède au sacré que par une action violente, spirituelle, sur lui-même parfois, mais violente tout de même, symbolique d'autres fois, mais violente encore. Mais dans la suite, ce n'est plus par la violence que l'homme se maintient au niveau atteint, c'est par l'amour, la miséricorde et la compassion. Ce n'est qu’après avoir également maîtrisé les deux sentiments qu'il accède aux niveaux supérieurs de révélation. Le prêtre n'entend pas directement la parole de Dieu, ceci est l'apanage du prophète, mais il connaît et comprend la Loi, dont il ne peut donner qu'une interprétation.

Pour être prêtre, l'homme doit remplir certaines conditions initiatiques, qui sont énoncées dans la Bible au chapitre du Lévitique (ch. 21-v. 16) et qui peuvent se résumer ainsi : aucune infirmité. Toutefois, si le Grand Prêtre ne peut entrer dans le Saint des Saints qu'une fois par an, et encore avec du sang comme échange, les maçons et les menuisiers pouvaient entrer n’importe quand, si les nécessités de l'entretien et des réparations l'exigeaient. C'est pourquoi les maçons étaient soumis aux mêmes règles, prescriptions et interdits que les prêtres.

Mais dans le cas particulier du guerrier, s’il veut rester dans sa foi, il doit se détacher des œuvres, ou modifier sa conception des œuvres. S’il n’a pas les mêmes qualifications requises que les lévites, ses liens au sacerdoce sont forts.

Le permis de tuer, ou le droit de transgresser le commandement du respect de la vie, humaine ou animale, le « permis » se souiller du sang, des humeurs et excréments d’un être vivant auquel on retire la vie ; ce permis est conféré traditionnellement à deux castes : les prêtres par le sacrifice, et aux Rois, en tant que guerriers.

Ces guerriers, ou chevaliers dans le sens le plus élevé, ont une autorisation de l’usage des armes pour se défendre, ou protéger les autres. Ces considérations sont en relations étroites avec les pouvoirs « créateurs, protecteurs et destructeur » de la divinité, déjà évoqués.

Le sacre, ou l’initiation, n’est pas indispensable en préalable au guerrier. Perceval ne sera armé chevalier par Arthur qu’au terme de sa quête.

Sa justification se trouve ainsi dans la juste cause qu’il défend. La notion de la juste cause est la loi principielle de la Chevalerie des origines, avant de la transformer en une voie pseudo-monacale suivant le mode Templier imaginé par Saint Bernard. Le principe de juste cause possède un corollaire, c’est la fidélité, à l’origine du mot « foi ». La fidélité du Chevalier à la parole donnée, à l’engagement qu’il a promis de défendre, à la cause qu’il croit juste, cette fidélité est la profession de foi du Chevalier.

Si l’adoubement du Chevalier peut se dissocier de sa voie spirituelle, nous savons que le sacre sacerdotal n’est pas non plus une constante du sacerdoce. Traditionnellement, dans toutes les religions, le père de famille dirige le repas communautaire, bénit parfois le pain, distribue la nourriture, procède à la prière. Ces devoirs sont de même nature que ceux qui sont mis en œuvres dans l’initiation. Ils font partie des obligations des premiers chrétiens dans les communautés évoquées par Saint Paul.

Le sacrifice ultime étant la mort, source de résurrection, de fécondité, de vie, le vrai sacrifice universel reste le sacrifice de soi, production du sacerdoce universel.


CONCLUSION

 

 

Au terme de cet ouvrage, qui ne se veut nullement exhaustif, nous nous rendons compte de l’extrême complexité, ou plutôt diversité, du message véhiculé par les différentes formes d’initiation.

Cette complexité est due à la profondeur et à la multiplicité des racines de l’ésotérisme occidental, plongeant dans de vieilles légendes chrétiennes, sur un fond de traditions juives, attestées par la Bible elle-même, non sans inspiration islamique dans certains développements, et fortement influencées par des courants pythagoriciens et gnostiques. Le tout s’est établi en des histoires mythiques, dont la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage se sont faits les échos pour assurer la continuité d’une initiation traditionnelle et devenir des centres initiatiques, même très édulcorés, suite à la disparition des Sociétés d’Ordre.

Derrière cette complexité d'expression, l'idée générale reste que la transmission initiatique traditionnelle est une voie universelle, qui évolue avec les époques, et selon les contingences du monde d’ici-bas. Un centre initiatique tire son authenticité de la qualification de ses membres, et acquiert sa légitimité au travers de leur justification par la Foi, la Connaissance, ou par les Actes.

On comprend que l’ésotérisme n’est pas une religion, que cette métaphysique nous enseigne ce qui relie les hommes entre eux, à la nature, et donc à Dieu (théiste). L’ésotérisme s’exprime au travers de transmissions, soit sous forme de modélisation, soit sous des formes universelles, mais jamais sous forme sacramentelle.

L’armement du chevalier engagé dans une confrérie initiatique traditionnelle permet de ressouder les deux parties de l’épée brisée. Le chevalier, formé à la morale et à la vertu, ayant passé le Pont, puis le Voile, se trouve dans une voie de réalisation spirituelle profonde, où sa fidélité et ses actes seront soumis à la même justification : celle de la connaissance.