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ésotérisme et modernité

ORIENTATION SPIRITUELLE



 

 

On ne peut empêcher des gens qui s’assemblent autour d’un projet légitime et légal, qui se reconnaissent dans une affectio societatis, de se réunir en société. Il est impossible d’exclure quelqu’un de ce cercle pour des dissensions humaines, sauf pour non-paiement de cotisation, assimilé à un refus de partage et donc d’intégration. Tous les membres sont solidaires.

Toute organisation initiatique et traditionnelle est, par définition, constituée d’un groupe humain qui, après avoir reconnu la qualité d’une personne extérieure, l’intègre au moyen d’une forme adaptée, particulière à ce groupe.

Les personnes qui constituent ce groupe sont liées ensemble par des règles, ou des obligations, ou encore par une mentalité commune, héritée de leur vécu commun. Il est intéressant de voir que l’esprit de la loi de 1901, sur les associations, est très proche de l’organisation traditionnelle des groupes humains. On commence à s’en éloigner sérieusement lorsque l’on veut couper les cheveux en quatre, cherchant à faire coller les détails avec les autres lois de la République, qui, elles, ne sont plus toujours traditionnelles du tout.

Ces organisations initiatiques se nomment souvent « confréries », mais que veut-on évoquer par-là.

Penchons-nous un peu à présent sur la signification du terme de Confrérie, et les différences avec une fraterie, une fraternité, une congrégation.

Qu’est-ce qui fait que des hommes puissent se considérer comme frères :

-         Les liens du sang, c’est la fratrie, éventuellement étendue aux cousins, parfois même éloignés.

-         Une éducation commune, dans certaines grandes écoles.

-         L’appartenance à une même structure d’ordre, entraîne une confraternité comme pour les professions libérales : les médecins, architectes, etc…

-         Les épreuves dangereuses traversées en commun, où les uns doivent parfois leur vie aux autres, matérialisent un sentiment de fraternité fort, comme une fraternité d’armes. Ce sont aussi les épreuves de la vie des rites de passages de l’enfance ou de l’adolescence à l’âge adulte.

-         Les membres de communautés religieuses s’appellent frères.

Une Confrérie rassemble des confrères, ce qui se distingue d’emblée d’une fraterie génétique. Des confrères ne sont pas tout à fait des frères, mais ils se lient comme des frères dans un but précis qui est celui de la Confrérie.

Les secrets regroupements des confréries ne doivent pas réunir des gens qui se ressemblent, ce serait un complot, mais des hommes que ne se seraient jamais connus autrement, ce sont alors des centres d’union.

Les  Confréries médiévales s’occupaient des « œuvres sociales » en marge des corporations du métier. Les Confréries visitaient en prison les membres de la corporation condamnés et incarcérés, venaient en aide aux veuves et orphelins des  compagnons du métier, organisaient les services religieux, ont donné aux corporations leurs Saints Patrons. Ainsi, les membres de certaines confréries s’appellent souvent « frères ». Ils protégeaient la morale et l’éthique du métier.

Si l’on peut accorder quelques crédits aux origines historiques de la Franc-Maçonnerie avant 1717, celles-ci proviennent des confréries de bâtisseurs et non des corporations du métier.
Une Confrérie semble réunir davantage des hommes volontaires, dans le but à venir d’une action déterminée, plutôt que des personnes liées par une communauté acquise. Ceci n’exclut d’ailleurs pas que cette confrérie puisse déboucher à terme, sur une fraternité entre quelques-uns de ses membres. Dans le cas d’une fondation de confrérie, il est même souhaitable, que les fondateurs de celle-ci soient dans une relation fraternelle pré existante, pour que cette confrérie puisse se réclamer d’une antériorité garante d’authenticité.

Il y a alors transmission de l’influence spirituelle détenue par le précédent groupe à un nouveau, même dans des formes différentes.

Il est intéressant de voir le modus operandi indiqué par un rituel comme celui de l’Arche Royale, très liée à la Chevalerie, en Franc-maçonnerie anglo-saxonne.

Les plus anciens rituels de l'Arche Royale ne mentionnent pas toujours la reconstruction du second Temple, mais le fait constant est de retrouver dans une crypte les anciens secrets de la révélation, considérés comme perdus.

On voit ainsi comment il faut aller rechercher ce qui était perdu quelque part et le transposer dans une nouvelle forme pour les générations à venir.

Très tôt dans ces anciens rituels, comme celui retrouvé par J.-P. Naudon datant de 1765, une analogie est faite des maçons de l'Arche Royale avec le rang de chevalier. Cet aspect est encore souligné dans le fameux discours du chevalier Ramsay.

Dans une hypothèse qui n'engage que nous, on peut émettre l'idée que, à l'époque médiévale, c'était dans les loges, travaillant sur les chantiers des cathédrales ou des édifices religieux, qu'une instruction adaptée était donnée, par des voies propres, aux ouvriers illettrés, concernant l'histoire sainte, la religion, et surtout le symbolisme qu'ils auraient à utiliser pour réaliser leurs œuvres gravées, comme des livres de pierre. Mille ans après nous les admirons encore, bien que nous en ayons partiellement oublié l'alphabet.

Le rôle des oblats dans cette affaire fut évidemment primordial, ces enfants laïcs élevés dans les monastères et qui, grâce à leur instruction, ont rempli sur ces grands chantiers des fonctions d'architectes, de cadres responsables, de scientifiques.

Sur les chantiers des édifices non religieux, l’enseignement diffusé par les loges était sûrement différent, ne comprenant que les secrets du métier, ainsi que des éléments d'histoire contemporaine éventuellement, réservés à quelques ouvriers spécialisés. Les chantiers « militaires » dispensaient d’autres secrets ou spécialités. Certains Croisés ont passé des décennies en garnison dans des forteresses avec des compagnons bâtisseurs pour ériger et entretenir ces dites forteresses. Ces mêmes compagnons devaient prendre les armes pour prendre part aux combats, ou simplement défendre leur vie. Or, n’oublions pas que, à cette époque encore, celui qui s’était bien battu sur le champ de bataille pouvait être armé Chevalier.

Ne serait-ce une certaine propension de la nature humaine qui tend à dénaturer ce qu’elle reçoit, le canevas général de quelques rites maçonniques était bien élaboré, leur permettant de délivrer une initiation assez complète.

Tous les ordres de Chevalerie ne sont pas vecteurs d’une initiation ésotérique, mais tous confèrent une initiation traditionnelle.

La Chevalerie médiévale fut organisée sur le même plan que les francs métiers. Les mêmes principes, issus des monastères bénédictins puis cisterciens quant à l’initiation de métier, glorifièrent les armes, comme les outils, établirent des règles de confréries, puis subordonnèrent cette chevalerie à une autorité de tutelle. On passera insensiblement de la colée de reconnaissance sur le champ de bataille à l’adoubement pompeux reçu entre les mains d’un suzerain. On attendra 1515, François 1er armé chevalier par Bayard à l’issue de la bataille de Marignan, pour que la chevalerie soit intégrée comme premier échelon nobiliaire. Encore ne sera-t-elle jamais héréditaire ! Les nobles courront de ce fait après cette distinction quand elle leur ouvrira les portes de certains ordres de clientèle, avec les pensions afférentes.

Aujourd’hui, en France, la Chancellerie de la légion d’honneur réglemente les ordres de chevalerie, et ne peuvent être reconnus que des ordres institués par des souverains ou des gouvernements souverains, ou encore des ordres « sui generi », comme l’Ordre de Malte. Les lois civiles de quelques années peuvent-elles réellement tirer un trait définitif sur des siècles de tradition ? La République peut ne pas reconnaître, mais doit-elle interdire.

Il est aussi intéressant de remarquer les distances qui ont été prises entre les usages traditionnels et les lois, quant aux critiques émises sur la transmission de l’Ordre Militaire et Hospitalier de Saint Lazare de Jérusalem au XIXème siècle. L’histoire de cet ordre est passionnante, car il est issu des léproseries du début, voir d’avant l’ère chrétienne ; ces léproseries ont été transformées ou intégrées dans des monastères avant les croisades, puis ces monastères vont modifier leur règle comme les autres ordres monastiques militaires (Malte et le Temple), pour se constituer en milices, et devenir l’Ordre Militaire et Hospitalier de Saint Lazare de Jérusalem. Cet ordre qui s’occupe exclusivement des lépreux, où sont mutés les chevaliers lépreux, n’a pas de quoi susciter de grandes convoitises, contrairement à d’autres. Au 16ème siècle, le Pape veut le dissoudre et distribuer leurs biens à l’ordre de Malte, mais les Chevaliers se regroupent et confient leur Grande Maîtrise au Roi de France qui accepte, heureux de profiter de cela pour marquer ses prérogatives en face du Vatican. Résumons la suite, après une période florissante, Louis XVI le laisse tomber en désuétude, la Révolution l’abolit, le futur Louis XVIII distribue quelques médailles pendant l’émigration. Avec la restauration, il ne souhaite pas honorer ces médailles (les médaillés touchaient une pension !), et laisse à nouveau l’ordre en désuétude, en ne prenant que le titre de Protecteur de l’Ordre. Personne n’est sûr qu’il n’y a pas eu de nomination à cette période, mais pas de preuves. Les successeurs de Louis XVIII puis la République voudront le laisser « mourir »  toujours sans le dissoudre. Mais en 1830, un groupe de chevaliers, dont l’origine est parfois contestée par certains, se placent sous la protection spirituelle des Patriarches Grecs Melkites Catholiques d’Antioche, d’Alexandrie, et de Jérusalem. En 1930 le Grand Magistère est restauré, il est aujourd’hui assumé par le Duc de Cossé-Brisssac, pro-tempore, le Duc de Séville étant élu. Nous en reparlerons plus loin pour évoquer les procédés de reconnaissance. Cet Ordre, millénaire, est aujourd’hui contraint en France de se comporter comme une association de bienfaisance, et d’abandonner sa dimension chevaleresque par la volonté de quelques fonctionnaires, attachés à la preuve écrite, et ignorants de la tradition.

Il en va de même en ce qui concerne l’Ordre des Archers de Saint Sébastien, toujours sous la Grande Maîtrise de l’Évêque de Soissons, qui a perdu, depuis 1981, le statut de Chevaliers pour ses membres, qu’ils détenaient depuis une douzaine de siècles !

Quand la lettre prend le pas sur l’esprit, la contre-initiation n’est pas loin.

Nous devons ainsi considérer qu’un ordre traditionnel et initiatique légitime, régulièrement constitué peut ne pas être reconnu pour différentes raisons :

-         certaines reconnaissances peuvent être exclusives, si l’on reconnaît l’un, on ne reconnaît pas l’autre , pas de commentaires;

-         la reconnaissance peut faire défaut car les règles ne sont pas les mêmes de part et d’autre, cela se négocie;

-         la reconnaissance peut être empêchée car certaines règles ont été modifiées par ceux qui les écrivent, la légitimité et la légalité peuvent ne pas aller de pair .

Dans ce dernier cas, l’affaire se complique très sérieusement, car c’est l’intrusion d’éléments par définition non traditionnels qui modifient les relations. L’adaptation d’usages traditionnels aux règles de la société moderne ne se fait pas sans dégâts. Trop souvent on essaye de préserver les formes, plutôt que le fond, et, surtout, on tente de sauvegarder des prérogatives humaines qui n’ont rien à voir avec la tradition.

Dans un système traditionnel, le droit d’usage est la conséquence des obligations remplies. On utilise un titre, parce qu’il correspond à une fonction, on applique une morale qui découle de ses obligations… Or, dans un système déviant, c’est un règlement dissocié de ses origines qui donne des titres à des gens qui ne remplissent pas les fonctions, on impose une morale différente des obligations, certains chefs ne sont plus les protecteurs, mais des enfouisseurs. On préserve les apparences, mais le contenu est vidé, et remplacé. Or, il est un devoir de la nature humaine : changer de chef lorsqu’il ne remplit plus son devoir de protection. Mais parfois, on ne peut pas changer le chef, car il détient trop de pouvoir, il faut alors changer de véhicule.

Quoiqu’en pensent certains, on n’est pas chevalier parce que l’on a un beau brevet signé. On est chevalier parce que les autres vous reconnaissent pour ce que vous avez fait, pour ce que vous êtes, et non pour ce que cela représente. Or, une caste, un ordre, une obédience, un diplôme, se dévalorisent très vite si les deux conditions ne sont pas présentes simultanément: la tradition des fondateurs et la qualification des membres, mais, si l’état d’esprit des fondateurs est conservé, quel que soit le niveau des membres, la qualité perdure, ou se retrouvera. Par contre, si la tradition des fondateurs disparaît, malgré la qualité des hommes, la dévalorisation se précipite, à moins qu’un miracle ne permette de retrouver les anciens secrets qui ont permis la construction de l’ordre, et ainsi de sauver l’institution, même en contradiction avec quelques règles modernes, ou même si elles sont anciennes. En effet, de tout temps, des considérations modernes ont remis en cause des usages traditionnels. C’est une constante de la nature humaine. Lorsqu’un flambeau éteint est repris par quelqu’un qui se réclame d’une continuité « morale », cela fait partie de la tradition. C’est la combustion spontanée des offrandes sur l’autel du second Temple, lors de la dédicace de Néhémie qui prouve que ce second Temple est agréé par Dieu, car les hommes doutent. C’est le signe des temps, le résultat à terme, qui décide alors de la valeur à lui accorder. Si l’entreprise triomphe de l’oubli, de l’œuvre destructrice du temps, et tient son « challenge », c’est-à-dire son défi, alors, la reconnaissance viendra d’un bord ou d’un autre. Mais il ne faut pas oublier que, dans un monde traditionnel, la reconnaissance n’est jamais universelle, on n’est jamais reconnu par tout le monde à la fois. Chez les catarrhes, la chaîne du consolamentum transmis par les Parfaits devait être intacte. La découverte de l’indignité d’un Parfait entraînait la nullité de chaîne dont il était à l’origine. Dans certains ordres initiatiques réclamant l’intégrité corporelle, le fait qu’un initié puisse un jour être opéré chirurgicalement, par exemple, suffit à considérer son initiation comme nulle et non avenue, mais quid des initiés auxquels il a pu transmettre ? On devra tenir compte de deux réflexions essentielles :

-         dans le premier cas, l’initiation est conférée par un maître, seul, à un ou plusieurs disciples, ce qui est un cas de figure non exceptionnel, mais particulier;

-         dans l’église chrétienne, les sacrements donnés par un prêtre défroqué sont toujours valides, ce qui veut dire que l’homme est aussi dépositaire de pouvoirs qui transcendent sa nature.

Ceci veut dire que : d’une part, les règles d’une tradition initiatique ne peuvent pas être changées, et, d’autre part, les règles d’une tradition initiatique peuvent être transgressées. Mais dans le  dernier cas, il n’appartient pas à l’homme d’en évaluer la validité. Ainsi, si normalement la foi l’emporte sur la loi, exceptionnellement les œuvres peuvent parfois remplacer une foi hésitante, ou mal vécue. La rupture de la chaîne initiatique peut se trouver comblée par la révélation spirituelle. Une chaîne trop dégénérée finit par ne plus transmettre grand-chose…

On reconnaît alors l’arbre à ses fruits, surtout après une greffe.

Certains sont ainsi parfaitement fondés à considérer qu’une continuité traditionnelle a été conservée dans les structures qui se réclament de l’Ordre de Saint Lazare tel qu’on le connaît aujourd’hui. Des milliers de membres fidèles à la règle de l’ordre, des actions caritatives indiscutées, la noblesse de ses membres comme de celle ses chefs, que vaut en face de ceci l’argument de l’absence d’une preuve d’une transmission régulière ? Voici plus d’un siècle, nous n’avons pas le registre sur lequel certains repreneurs de l’ordre ont été inscrits, mais, de plus, cette preuve n’était pas exigible dans ses statuts, puisqu’il aurait été stipulé que l’ordre ne pourrait être considéré comme disparu qu’un siècle après la mort de son dernier chevalier ! Ce qui a été respecté. Enfin, lorsque le protecteur d’un Ordre ne le protège plus, et décide même de sa disparition, alors il est des prérogatives, et même du devoir de ses membres de poursuivre la transmission, même sans l’accord de son Grand Maître (défaillant) ou après de son tenant lieu (la République).

Nous y reviendrons sur ces notions de reconnaissance et de légitimité.



UN ORDRE TRADITIONNEL ET INITIATIQUE

 

 

On ne peut pas parler d’initiation ou de spiritualité sans se mettre d’accord au préalable sur la signification des mots. Il faut comprendre le sens d’origine des mots , et leur redonner leurs significations, pour savoir de quoi l’on parle.

Ainsi toute notion qui peut sembler acquise devrait faire l’objet d’une brève étude étymologique, et historique. Ensuite, il sera parfois nécessaire de changer les mots employés pour aller au plus juste. La sémantique ne fait plus partie de l’enseignement scolaire depuis longtemps, mais à chacun de la travailler par soi-même.


L’Ordre

Définitions d’un ordre:

-         Groupe ou classe, ordre biologique ou espèces animales ou végétales

-         Un ordre est une classe, un groupe mis à part

-         Comme pour tout groupe, cela veut dire organisation et règles.

-         Un Ordre religieux est une communauté qui adopte des règles de vie particulières.

-         Donner un ordre, ce n’est pas commander, mais c’est donner un classement, établir une hiérarchie, et par extension définir ce que l’on doit faire en premier. Au sens militaire, la définition est similaire.

 

L’Ordre  peut se présenter comme opposition au désordre, par exemple l’ordre public, l’Ordre évoque le respect des lois, des règlement, des usages. On devra distinguer l’Ordre social, celui qui fondamentalement  caractérise une société, ayant ainsi une finalité.

Le Désordre peut se définir comme une pulsion individuelle qui entraîne un refus temporaire de la règle. Ceci renforce la nécessité de la loi. La remise en cause du contenu d’une règle entraîne inéluctablement un vrai désordre. Retenons le principe fondamental posé par l’Art.6 du code civil, d’après lequel « on ne peut déroger, par des conventions particulières aux lois qui intéressent l’ordre public et les bonnes mœurs. » D’où il résulte par exemple que la prise d’une obligation est illicite « quand elle est contraire aux bonnes mœurs ou à l’ordre public ».

Or, s’il n’existe guère de compromis entre la liberté et la contrainte de l’ordre social, la notion de tolérance, différente de la licence, aide à gérer ces incompatibilités.

Qu’est-ce que la tolérance: c’est la variation admissible pour que deux pièces s’ajustent l’une à l’autre. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi tant que les autres le tolèrent, mais de la marge d’humanité qui doit exister entre la règle et son application, donc son interprétation.

 

Société d’Ordre.

On appelle Sociétés d’Ordre, les organisations qui étaient régies par l’ancien ordre social, et qui se sont délitées à partir du XVIIIème siècle. Ces Sociétés d’Ordre étaient basées sur des classes d’individus, chaque classe ayant des droits et des obligations bien particulières.

Dans ces Sociétés, « les voix ne sont pas décomptées comme dans la démocratie moderne, mais pesées ». Le poids de la voix étant déterminé par la fonction sociale de la personne qui vote. Sachant que l’on confie en général la direction d’une affaire à celui qui a le plus intérêt à ce que tout fonctionne au mieux.

C’est une recherche de la stabilité.

Le point faible de cette stabilité est que les gens n’acceptent pas longtemps les contraintes d’une classe, ceci soit par ambition, soit par échec des critères de sélection. Ce qui veut dire qu’il doit exister des passages entre les différentes couches sociales, ni trop étanches, ni trop larges.

 

La véritable égalité n’existe qu’entre pairs.

Les hommes naissent libres et égaux en droit : ceci ne préjuge pas des sélections de la vie. Les êtres humains réclament l’égalité pour leur confort personnel, pour obtenir ce que la vie, ou Dieu, leur a refusé, soit par leur naissance, soit après. Cette même convoitise les pousse à se différencier des autres qu’ils considèrent comme « différents ». Les vraies différences hiérarchiques sont la nature même des êtres, et non dans les lois ou les usages. On arrive à poser des problèmes bien plus complexes lorsque sont intriqués des comportements individuels et des comportements de groupe. Le comportement individuel est-il alors celui d’un individu isolé, ou bien la résultante des comportements des différents groupes auxquels il appartient ? Famille, tribu, caste, profession, syndicat, religion, citoyen, admirateur de diverses idoles… Tous ces groupes lui dictent une certaine conduite dans un axe plus particulier, mais avec des incidences réciproques inévitables.

 

Règlements et usages .

Définitions des règles dans les sociétés de tradition orale :

Dans une société traditionnelle, les règles sont des principes, adaptés à la vie communautaire par l’expérience, et transmis par les anciens. Ces règles s’appellent ainsi des usages. Leur transmission se fait sous deux formes, la première transmet les principes mêmes, à comprendre dans leur essence, la seconde forme comprend les applications pratiques de mêmes principes. De cela découle qu’en étudiant plusieurs applications, on puisse parfois, par l’illustration les principes, mieux les comprendre, et que la compréhension des principes permet de trouver des applications à une situation nouvelle.

Ce mode de fonctionnement s’appuyant sur la crédibilité des anciens, il est essentiel que ceux-ci soient respectables et respectés. Ils représentent l’autorité car ils détiennent les références morales du groupe. Le mot «autorité» détient en lui-même la racine « Auctor » qui veut dire « auteur ».

Le pouvoir est d’une autre nature, et se réfère au verbe « pouvoir », c’est-à-dire, pour ceux qui l’exercent, le jeu consiste à savoir ce que l’on peut faire, jusqu’où peut-on aller trop loin. Le pouvoir doit être craint à la fois par ceux qui le subissent, car la direction du groupe impose que quelques-uns s’attellent à cette responsabilité, et il aussi être craint par ceux-là mêmes qui l’exercent, car le pouvoir corrompt plus ou moins vite selon la nature des hommes en place.

Lorsque la société écrit ses lois, elle perd son caractère traditionnel, puisque l’autorité vient des textes que l’on doit appliquer. L’autorité revient alors aux plus habiles des exégètes, et non aux expérimentés. Encore, tout n’est pas perdu si ce qui est écrit ne relève que du plan des contingences, et non des principes mêmes. La rédaction des principes revient à leur limitation, non pas seulement dans leur nombre, ce qui serait un moindre mal, mais aussi dans leur sens, et leur portée, ce qui devient catastrophique pour l’essence même du groupe traditionnel considéré.

 

Quand est-on dans un ordre traditionnel et initiatique ?

L’initiation se fait par le rattachement à une tradition. Ce qui veut dire que le postulant est intégré dans un groupe identifié dépositaire par l’expérience d’un modus operandi efficace pour intégrer un individu au groupe, lui donnant ainsi un sens à sa vie, des droits que les autres membres du groupe lui octroient contre les obligations qui lui incombent. Les droits ne sont pas seulement ceux concédés par le groupe au récipiendaire, mais encore ceux concédés par les autres groupes à ce même groupe que le postulant intègre.

Être un initié, cela veut dire ne plus être un individu isolé, sans généalogie, sans rien pour le relier aux autres, sans foi ni loi.

La qualité de l’initiation dépend des champs qu’elle embrasse. Ces différents champs peuvent se définir en fonction des domaines de toutes société humaine : domaine familial, ou tribal, domaine professionnel, ou  autre activité, domaine religieux, domaine du pouvoir politique.

Selon les domaines, et la société considérée, deux modes complémentaires permettent l’initiation. Ces deux modes sont toujours présents, mais en proportion variable. Ce sont la transmission traditionnelle d’une part, et la reconnaissance traditionnelle d’autre part. L’importance de la transmission traditionnelle est de pouvoir faire ce qu’aucune science livresque ne permet, c’est de faire partager une expérience personnelle à quelqu’un d’autre. La science transmet des informations, alors que partager un savoir permet d’accéder à une expérience, et de gagner des années ou des siècles pour celui qui le reçoit.

Dans ce domaine, il est important de souligner certaines notions.

Le dogme, tout d’abord. Certaines définitions ne relèvent pas de la science, et leur explication donne régulièrement lieu à des discussions qui ne règlent rien, alors que tous les anciens sont d’accord sur le principe. Ces principes sont alors établis sous une forme non discutable, ou du moins dont la discussion ne doit jamais déboucher sur une remise en cause. L’Oral et l’Écrit ne font pas toujours chevaucher leurs domaines respectifs.

 

Responsabilité du Chef.

De même, l’infaillibilité papale, dont on discute tant, n’est guère différente de l’immunité diplomatique ou parlementaire. Le chef ne peut pas se tromper. Les conséquences de ses choix peuvent ne pas être celles que certains attendaient, certains peuvent considérer cela comme une faute, mais ce n’est pas une erreur dans le sens traditionnel. Le choix du chef, sa décision, est pesé en fonction de critères qui ne sont pas ceux des autres. Une structure traditionnelle est aux antipodes d’une assemblée démocratique, au sens moderne. Mais la décision du chef l’engage lui personnellement. C’est-à-dire qu’il laissera l’image d’un bon chef, d’un mauvais chef, il risque la destitution et l’opprobre, ou les lauriers du héros, selon ses décisions. Un chef traditionnel est responsable de tout, éventuellement sur sa propre vie, mais jamais coupable tant qu’il a respecté les règles et principes de sa communauté, et sinon, tant que le résultat en est un bien voire un mieux pour la communauté. Ainsi, à certains niveaux est-on parfois relevé de ses vœux ou de ses obligations qui seraient des entraves à l’action du chef.

Bien que dotée d’un chef unique et tout-puissant, une société ordonnée n’est pas inéluctablement autocratique, ni dictatoriale.

Contrairement à certaines idées reçues, un « tyran » ne prend pas le pouvoir contre la volonté se son peuple, car nul ne peut se maintenir contre la volonté du groupe, au-delà du court terme. Au pire, il est le rassembleur d’une minorité agissante contre une majorité apathique. S’il secoue cette apathie par des décisions abusives, il aura à rendre des comptes imprévus à son peuple, puis à l’histoire.

On remarque que la loi demande de gérer une société commerciale en bon père de famille, que le chef d’un monastère est nommé Abbé (de Abbas : Père), que le chef de l’Église catholique apostolique et romaine est le « pape » (Papa). Le roi est un régisseur. Il doit régir ou réguler. Il n’a pas un pouvoir arbitraire, mais il est l’arbitre de la communauté.

Souvent on distingue celui qui règne et celui qui administre. On n’est pas très éloigné de ces notions déjà abordées de l’autorité et du pouvoir. En effet, les contre-pouvoirs sont des forces essentielles à la stabilité de la communauté sans rupture de tradition, et ceux-ci permettent l’adaptation à des événements inopinés et liés à la nature humaine : un très bon chef qui devient gâteux, un mauvais chef qui  ne peut être destitué sans remettre en cause certains équilibres fondamentaux, et cetera. Le mauvais chef est en fait mal entouré.

C’est ainsi qu’un vrai chef traditionnel doit savoir maîtriser et diriger sa communauté en écoutant attentivement ses « contre-pouvoirs », qui, généralement, ne sont autres que ses conseils ou son Conseil, et non comme certains le pensent l’opposition. Dans une structure traditionnelle, l’opposition politique n’existe pas, car le pouvoir n’est pas lié à l’affrontement d’une majorité contre les autres minorités. Une réelle opposition politique voudrait dire que certains se placeraient en marge de l’institution. Ce type d’attitude s’appelle complot ou sédition. On le voit aujourd’hui dans l’affrontement des lobbies.

 

 


CHRONOLOGIE BIBLIQUE

 

 

- 1800 av. J.-C.

- Les Patriarches : Abraham, Isaac et Jacob

- 1250

- Moïse - Sortie d'Égypte - Tabernacle

- 970

- Début du règne de Salomon

- 950

- Construction du 1er Temple de Jérusalem

- 933

 

- Mort de Salomon - Schisme entre les royaumes du Nord et du Sud, entre le royaume d'Israël et le royaume de Juda

- 598

- Siège de Jérusalem par Nabuchodonosor- 1ère déportation à Babylone

- 588/587

 

- 2e siège de Jérusalem - Destruction du 1er Temple- 2ème déportation

- 583

- 3ème déportation

- 538

- Édit de Cyrus roi de Perse autorisant les Juifs à revenir de Babylone à Jérusalem

-520/515

- Reconstruction du 2e Temple par Zorobabel, Aggée, et Zacharie

- 445

- 1er séjour de Néhémie - Reconstruction du mur d'enceinte de la ville de Jérusalem

- 432

- 2e séjour de Néhémie

-29/19

- Reconstruction du Temple par Hérode

0

- Naissance de Jésus-Christ

66/70

- Révolte contre les Romains

70

- Destruction du Temple d’Hérode par Titus

 


 

HISTOIRE BIBLIQUE

 

La Chevalerie médiévale, comme une importante part de notre culture, plonge ses racines dans la Chrétienté, la Bible, les croisades. L’ordre du Temple avec ses péripéties en est un prototype incontournable. Malgré le développement multidirectionnel de la Chevalerie, on peut considérer que , craignant le dévoiement d’une société en mutation au XVIIème et XVIIIème siècle, certains ordres ont projeté, par marcottage, leurs branches les plus secrètes dans certains rituels maçonniques ou para maçonniques.

N’oublions pas que cette Franc-maçonnerie du Siècle des Lumières à des têtes couronnées comme Grands-Maîtres ou Grandes-Maîtresses. Quelques décennies auparavant, Jacques Stuart en exile au château de St Germain distribue des titres dont les caractères maçonniques ou civils sont ambigus.

La tradition chevaleresque a été fortement influencée par les croisades, et ainsi par l’Ordre des Chevaliers du Temple de Jérusalem, mais aussi par d’autres ordres chevaleresques et monastiques. On retient ainsi l’influence sur la Chevalerie de légendes communes, les histoires traditionnelles du métier, chez les Compagnons évoquent largement, comme en Franc-Maçonnerie, la légende d’Hiram et la construction du premier Temple, sa destruction, et les reconstructions ultérieures. Il en est des sources avec leurs résurgences, comme de certaines racines difficiles à démêler, en tous cas, les adaptations ne sont pas des trahisons. Les histoires du Baron Hund, et le Chapitre de Clermont, comme d’autres exemples prouvent que se posaient au XVIIIème siècle les problèmes de synergies ou de croisements entre les dépôts de différentes traditions. Là, la Bible, et les allusions au Moyen-Orient, ne peuvent pas être esquivées.

Par ailleurs, les religions du Livre plongeant dans l’antiquité du Moyen-Orient, un résumé comparatif succinct des influences réciproques des cultures de l’époque se révèle nécessaire à la compréhension de la métaphysique que nous essayons d’aborder.

Noua allons donc faire un peu de géopolitique religieuse proto historique !

Le pays de Canaan est un carrefour entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Il n’y a rien d’étonnant à ce que ce pays, d’abord peuplé de nomades, fut, selon les périodes, sous domination égyptienne, assyrienne, perse, grecque, romaine… Cette terre fut, de temps à autre, occupée de façon sporadique par des nomades se sédentarisant pour quelque temps, lorsque les conditions étaient favorables, et qui reprenaient leur nomadisme pastoral quand la pression et les contraintes administratives de la civilisation leur devenaient trop pesantes.

On ne peut dissocier son histoire de celle de toute la Mésopotamie, la terre entre les deux fleuves, berceau de l’humanité des temps historiques, où la légende et l’histoire se confondent encore. Cette plateforme « arabo-sémitique » va porter des peuples qui partageront les mêmes ressources, les mêmes histoires, des langages et des cultures qui vont s’influencer réciproquement, mais d’une façon très indépendante de la culture indo-européenne.

L’histoire scientifique, basée sur des faits vérifiables, est notre façon moderne de concevoir notre passé. Or, comme en ce qui concerne les erreurs judiciaires, les faits peuvent être trompeurs, déformés, ou mystifiés. L’histoire mythique est souvent très proche de l’histoire populaire, et donc de la tradition. Elle rend compte plutôt des idéaux qui animent les hommes. Elle essaie de décrire le comment, et le pourquoi, de leurs actes. En outre, notre cerveau garde plus facilement en mémoire une belle histoire un peu fausse qu’une accumulation de faits à démontrer. Peu importe l’opinion des historiens, des philosophes, des survivants, « Vae victis » ! Les vaincus auront toujours tort, la mémoire populaire sera toujours la plus forte, et, vraie ou fausse, l’histoire a toujours été écrite par les vainqueurs, trop souvent pour se justifier.

L’histoire de cette époque, selon la Bible, est un exemple particulier de ces discordances qui demandent certaines interprétations. La tradition orale déforme l’Histoire, mais en souligne les traits, aide à perpétuer le souvenir, transmet ce qui en est resté après que le temps ait accomplit son œuvre.

D’après quelques travaux récents, la Bible aurait vraisemblablement été écrite par des « Prêtres », respectivement au temps de Josias (639 à 609 av. JC), puis de Néhémie (445 av. JC), et avec une participation très active de ce dernier. Des histoires, légendes, et contes anciens furent habilement compilés. L’addition de textes dans ce type de tradition se fait suivant des règles encore connues de certains, car très proche de la tradition orale : on peut ajouter une phrase, un paragraphe ou des pages entières, mais ni retirer ni modifier ; d’où les redondances connues, et l’impression de plusieurs textes superposés. C’est une réalité.

Le fait que Josias soit un des incitateurs à l’une des premières rédactions de la Bible explique l’importance des Temples de Jérusalem. Descendant Zorobabel, dont la Bible fait presque un prophète, « le Sceau de Dieu », héritier du premier Temple et constructeur du second Temple, ainsi Josias se pare d’une ascendance et d’une dignité incomparable.

 Rappelons l’histoire. Selon la Bible, la construction du premier Temple de Jérusalem fut réalisée sous le règne du roi Salomon (le Pacifique). Son père, le Roi David, en avait établi les plans, mais il ne pouvait le réaliser, car, aux yeux du Seigneur, ses mains étaient tachées de sang, en raison des nombreuses guerres qu'il avait dû soutenir pour asseoir la puissance de la maison d'Israël. De -970 à -933 av. J.-C., sous le règne du roi Salomon, commença une période glorieuse, faste, et prospère. Les souverains des nations voisines avaient fait allégeance à Salomon ou, comme la reine de Saba, avaient reconnu sa puissance, et la suprématie du Dieu d'Israël. Ayant ainsi protégé ses frontières, le commerce s'épanouissait, et permit l'enrichissement du pays. Toutefois, après la mort du roi Salomon, il n'en fut plus de même en raison de la mort prématurée de son fils Roboam, qui priva le pays d'un successeur légitime. Commença alors une période troublée avec d'importants conflits internes, ce qui mena le pays à un schisme en l'an 933 av. J.-C. entre les tribus du Nord constituant le royaume d'Israël, et le royaume de Juda avec Jérusalem au Sud. Cette situation suscita la convoitise des pays voisins, et les conflits frontaliers se multiplièrent, jusqu'à ce qu'en 598 av. J.-C. sous le règne de Nabuchodonosor, les Assyriens eussent assiégé et pris Jérusalem, déportant une première partie de la population à Babylone.

Quelques années plus tard (-588 av. J.-C.), eut lieu un second siège, au cours duquel le Temple fut rasé, et une seconde déportation commença. En raison de ces déportations d'une grande partie de la population, dont toute son élite, pour une période de 70 ans, un noyau intellectuel et spirituel particulièrement important se développa à Babylone avec notamment le retour du prophétisme. À partir de ce moment-là, nous nous trouvons face à deux écoles religieuses, qui donneront deux Talmuds : celui de Jérusalem et celui de Babylone. Cette captivité prit fin en l’an 1 du règne de Cyrus roi de Perse (-538 av. J.-C.) qui assit son empire sur une forte structure administrative, les satrapies, avec en contrepartie une grande liberté religieuse, une liberté du culte et des coutumes locales. C'est sous l'impulsion de cette volonté œcuménique de Cyrus, que les Juifs de Babylone furent autorisés à regagner Jérusalem, et à rebâtir le Temple. De plus, les mobiliers et pièces de vaisselle d'or du premier Temple, qui avaient été pillés, leur furent restitués. La première colonne de ces Juifs regagnant la terre de leurs ancêtres, fut conduite par Zorobabel, prince du Peuple, issu de la tribu de Juda. Mais, il est rapporté dans la Bible, que les trésors du Temple avaient été remis à un dénommé Scheschbatsar, dont il n'est plus fait mention par la suite. On ignore s'il ne fut pas à la tête d'un détachement éclaireur. Certains ont avancé l'hypothèse que Scheschbatsar serait le nom assyrien de Zorobabel (Bible Segond). Le personnage de Zorobabel est retrouvé dans les développements de certains rituels, comme «Chevalier de l'Épée». Zorobabel fut aidé dans l'organisation du retour par deux prophètes, Zacharie surtout, et Aggée, puis encore par Josué, fils de Jotsadak le grand prêtre. Ceux-ci entreprirent la reconstruction du Temple, qui dura 5 ans, et ce fut pendant cette période qu'intervint Esdras. On le voit œuvrer comme lecteur et commentateur de la Sainte Loi, lors de l'inauguration de ce second Temple. Esdras est effectivement réputé pour avoir retrouvé, ou du moins réuni, ou remis en forme, les textes du Pentateuque. Ce ne fut que 70 ans plus tard (445 av. J.-C.) que Néhémie, grand échanson du roi Artaxerxès, fut à la fois autorisé, et chargé par ce dernier, de remplir les fonctions de gouverneur à Jérusalem. Au cours de ses deux séjours, il tenta de réformer les mœurs, et de rétablir la rigueur de la fonction sacerdotale. Durant son premier séjour, il entreprit la reconstruction des murailles de Jérusalem, et répara les portes de la ville.

C'est lors de ces travaux, sur les murailles, que les ouvriers travaillaient la truelle à la main et le glaive au côté. Car, malgré les ordres d'Artaxerxès en leur faveur, ils étaient sans cesse en proie aux railleries de leurs voisins et adversaires qui voyaient d'un œil inquiet la reconstruction de ces murailles, témoignant ainsi de la puissance retrouvée du peuple hébreux. Les Maçons constatent donc que Esdras et Néhémie ne se sont jamais connus puisque plus de 70 ans séparent ces deux périodes.

 

Parallèlement à cette histoire biblique, il faut tenir compte de l’histoire archéologique. Il est clair, aujourd’hui, que jusqu’à la construction du second temple, l’archéologie ne suit pas vraiment l’histoire biblique. Les évènements, les lieux et les dates ne correspondent jamais complètement. Or, en fait, tout n’est pas vraiment faux non plus, et rien n’est tout à fait juste. Les lieux existent, les évènements importants ont eu lieu, ou ont été commémorés pour que l’on s’en souvienne, et qu’ils servent de leçon, pour qu’une information soit transmise avec ce souvenir. Toutefois, les chronologies ou les dates sont plus floues, voire parfois fantaisistes. Nous conseillons aux étudiants voulant en savoir plus de se reporter aux excellents ouvrages « la Bible dévoilée » d’Israël Finkelstein et Neil Silberman, et « Qui a écrit la Bible ? » de R.E. Friedman.

Cette période du 6ème siècle, où se situe la reconstruction du temple, est cependant très sensible, et de premier plan dans l’histoire de l’humanité.

En Perse, Zoroastre, encore appelé Zarathoustra, meurt en 563, selon certaines traditions, soit 25 ans avant l’édit de Cyrus libérant les Juifs. L’ère de Cyrus est totalement imprégnée du Zoroastrisme. Ce n’est pas une religion fossile, aujourd’hui encore, il en resterait environ 200 000 adeptes. Le Mithraïsme iranien, temporairement estompé par le Zoroastrisme, restera malgré tout la première religion à mystères, jusqu’à la victoire de l’Empereur romain Constantin au 4ème siècle, qui imposera le christianisme à l’Empire d’Occident comme religion d’état. Ainsi, les Juifs de l’exode, en rédigeant le Talmud de Babylone, baignent dans l’expansion du mazdéisme et du Zoroastrisme, s’affrontant ou discourant, autour de notions que l’on retrouvera encore plus présentes dans le christianisme. (Mariage du Dieu avec une vierge, notion de Sauveur, rôle d’une force maléfique, Ahriman…). Les Juifs restés à Jérusalem ne seront pas confrontés directement à de telles idées. C’est pourquoi le Talmud de Babylone est réputé supérieur à celui de Jérusalem.

Ce même siècle dans le monde voit encore en Grèce Pythagore, en Chine Lao-Tseu (604-577 av.J.C.) et Confucius (551-479 av.J.C.), et en Inde Siddhârta Bouddha !

Ces hautes conceptions philosophiques, métaphysiques et religieuses résonnent encore aujourd’hui dans les cœurs de tous les êtres humains, et les relient entre eux.

 


«ŒCUMÉNISME » POUR LE PREMIER TEMPLE DE JÉRUSALEM

OSTRACISME POUR LE SECOND

 

 

Si l’œcuménisme désigne plus particulièrement le mouvement de convergence entre les différentes églises chrétiennes au début du XXème siècle, son utilisation peut paraître acceptable dans le contexte initiatique, car il porte davantage en lui-même le caractère spirituel que le terme d’universel.

 

Mais, ne confondons pas le plan, ou l’outil, avec l’œuvre elle-même. On peut regarder une chaîne de télévision arabe, au travers d’un téléviseur américain, construit avec des composants japonais, et fabriqué en Chine !

Il faut peut-être rappeler ici que le Temple du Roi Salomon fut construit avec les concours actifs  de:

-         Hiram Roi de Tyr, un phénicien, non juif,

-         Hiram Abi, un « métis », fils d’une veuve de la tribu de Dan (ou de Nephtali) nordiste, et d’un père phénicien, lui aussi,

-          Salomon qui est lui le Roi du royaume de Judas, sudiste ; dès la mort de Salomon, schisme entre les deux royaumes du Nord et du Sud.

Hiram Abi, et certainement nombre d’autres ouvriers non-juifs, ont participé à la construction du Saint des Saints !

Le premier Temple est ainsi un modèle d’œuvre universelle, non spécifiquement juive. Des artisans venant d’une bonne partie du pourtour méditerranéen ont dû collaborer en apportant leur savoir-faire.

À l’inverse, le second Temple n’embauche que des ouvriers spécialisés, et dûment qualifiés, non seulement professionnellement, mais aussi religieusement et génétiquement ! « Nul étranger ne peut être admis… ». On assiste à une radicalisation, secondaire à l’appauvrissement de la tradition. Cette évolution inattendue a comme explication, la nécessité de retrouver des racines précises, de redéfinir un message qui ne sera pas celui des ignorants, mais celui des sages. On passe de la religion à l’initiation dans un gigantesque « Solve et Coagula », mécanisme inévitable, pour accéder à des vertus universelles. Ce passage ne peut se faire que par des hommes qui ont connu la « Grande Loge de Babylone », son Talmud, les affrontements avec les religions d’orient, mazdéïsme, hindouisme, la philosophie bouddhique, le zoroastrisme ; mais aussi par ces hommes qui ont connu Cyrus, qui comprennent les ordres donnés, concernant la reconstruction du temple, au travers de la politique perse vécue sur place.

Malgré les réactions d’incompréhension de certains, nous pensons qu'il faut admettre là, que, tout comme la thématique du premier Temple, celle du second Temple est fondée sur la symbolique d'un épisode biblique, en tant que modèle.

Il existe ainsi un effort, et une volonté profonde, dans le cadre d’une initiation traditionnelle, de sortir de toute tradition religieuse spécifique, ainsi que de toute querelle pouvant être suscitée, tout en gardant des racines spécifiques. L’ésotérisme précède le religieux. Ainsi, certaines images chevaleresques ou compagnonniques ont pour objet de retrouver un symbolisme d'une portée universelle, toujours orienté vers, les chevaliers bâtisseurs ou les confréries de bâtisseurs, mais vraisemblablement au travers de structures inspirées des monastères médiévaux, transcendant ainsi le message vétérotestamentaire, sans toujours le cantonner à ses développements chrétiens.

L’Islam est intimement mêlé aussi à ces évocations ésotériques. Les musulmans trouvent des réponses les concernant directement sur les attributs et différents noms donnés à la divinité. L’évocation même d’un « Dieu de Miséricorde » fait appel au principal des quatre-vingt-dix-neuf noms d’Allah. Allah n’est pas le nom du Dieu des musulmans, mais la traduction de « Dieu » en langue arabe. Les Chrétiens orientaux priant en arabe s’adressent à Allah, dont on retrouve ainsi le Nom sur d’anciens édifices chrétiens. Remarquons encore le parallèle suivant entre Judaïsme et Islam pour ceux qui savent lire les symboles. Le sacrifice d’Abraham, en la personne de son fils Isaac est un des fondement du judaïsme, puisque c’est sur son emplacement que le Premier Temple sera construit, ce sacrifice se fait au nom de l’exécution de la parole de Dieu, la Loi. Mais, parallèlement, Abraham a aussi sacrifié son premier fils, Ismaël, abandonné dans le désert près de al-Marwa, non loin de Zamzam.

« La mère d'Ismaël le voyant partir ainsi le suivit et lui dit : "0 Abraham ! où vas-tu et comment nous laisses-tu dans cette vallée qui n'abrite ni être humain ni rien ?" Cela, elle le lui dit plusieurs fois.

Et, comme il ne se retourna pas, elle l'interrogea : "Est-ce que c'est Allah qui t'a ordonné de faire cela ?

— Oui, répondit- il.

Alors, dit-elle. II ne nous abandonnera pas."

…/…

Et, lorsqu'elle surplomba al-Marwa, elle entendit une voix. "Silence !" se dit-elle, et elle tendit l'oreille ; elle entendit la voix une seconde fois.

"Tu as été entendu, dit-elle alors à la source de la voix, voyons maintenant si tu peux nous secourir."

Et tout de suite elle voyait à l'endroit du puits de Zamzam l'Ange qui remua le sol avec le talon (ou, a-t-il dit, avec son aile), et bientôt l'eau jaillit.

C’est par l’écoute de la volonté de Dieu qu’Ismaël est sauvé, et c’est sur cet emplacement que la Mosquée de la Mecque sera construite.

À un certain niveau, l'initié devrait être capable de savoir que tout n'est pas forcément blanc ou noir, et qu'il devrait être capable de quitter le plan du binaire pour trouver la troisième voie, celle du discernement spirituel, permettant de voir au-delà des oppositions et des contraires, auxquels se limite le monde profane.

La Chevalerie nous mène sur la voie du discernement, où l’initié décrypte un chemin pour son esprit en mal d’une solution à sa quête. Les décisions de sortir son épée ou non, de s’en servir ou non, de tuer ou non, de pardonner ou non, ne sont régies par aucune loi humaine, quelques usages peuvent guider…

L’idéal chevaleresque renvoie tout chevalier à sa propre religion. Par sa démonstration de l’ésotérisme, elle permet l’abord de toutes les représentations religieuses, sans les remplacer.

 

L’une des traditions des vrais initiés est d’adopter la religion du pays où ils se trouvent. Pour les ésotéristes du Siècle des Lumières, au XVIIIème siècle, dans une Europe chrétienne, déchirée par les guerres de religions, ce message indique que toutes les formes du christianisme, non hérétiques, se valent, au-delà de certaines valeurs, et que la mort d’un chrétien pour des formes, ou une organisation différente est bien vaine. Mais, cela veut dire aussi que, quel que soit l’endroit où l’on se trouve, l’initié ne doit pas adopter une conduite choquante, qu’il doit être religieux, prier, et utiliser les lieux de prières auxquels il peut avoir accès. Rappelons un événement, pourtant passé inaperçu, le 1er novembre 2002, à Tombouctou, ville Sainte de l’Islam, ville aux 333 Saints, lors de l’Assemblée Générale de la Grande Loge du Mali. Recevant avec les Grands Maîtres ou leurs représentants du monde entier, et donc des maçons de toutes confessions, après avoir fait visiter la Mosquée à tous, avec les épouses présentes, l’Imam de la Grande Mosquée a déclaré à l’assemblée réunie devant tous les autres Imams de Tombouctou: « …tous les hommes des religions du Livre adorent le même Dieu d’Abraham, nous avons tous le même Père, nous sommes ainsi tous frères, et c’est pourquoi la paix doit régner entre les hommes. » Ce message de paix des plus hautes autorités de l’Islam africain est une porte ouverte à la communion des ésotéristes de bonne volonté.

 

L’universalisme de l’ésotérisme ne doit être confondu avec l’indifférentisme religieux, car, encore une fois, l’ésotérisme n’est pas une religion. L’initiation virtuelle ne délivre pas de sacrements, ne mène à aucun salut. Elle dispense un enseignement, sous forme de modèles symboliques, pour mener à un ésotérisme. Contrairement à une opinion trop répandue, l’ésotérisme n’est pas une super-religion. Il s’exprime au travers d’une culture avec laquelle les gens de peu de discernement le confondent d’autant plus aisément que, dans bien des cas, ésotérisme et culture religieuse sont intimement liés. L’ésotérisme de la Thorah, la kabbale hébraïque, ne peut se concevoir qu’en hébreux ; les jeux de mots et contre pétries de Rabelais n’ont de significations qu’en français ; les mandalas tibétains valent par leurs symboles, mais surtout par leur réalisation, c’est l’acte qui compte, etc…

L’ésotérisme, dans cette acceptation, n’est pas une super-vision aux rayons X, ou aux infra-rouges. C’est un prototype de vision universelle qui trouve son expression au travers de différents supports. Ce prototype trouve sa place dans les couches profondes de notre cerveau primitif, et non dans les couches superficielles de notre cortex. Si le sentiment religieux, initiation ou bien révélation, réside dans notre système limbique et notre lobe temporal droit, la religion avec ses préceptes définis relève du cortex. Un cliché un peu brutal et sans nuances: dans la référence biblique, le livre de la Genèse est limbique, le livre des Rois est cortical.

Ainsi, quitte à choquer quelques esprits chagrins, rien n’empêche un Juif ou un Musulman, initié et éclairé, d’aborder l’ésotérisme chrétien, s’il le fait avec l’esprit du symbole et du modèle. Le Christ est juif. Les musulmans le considèrent comme l’un des plus grands prophètes de l’Islam. Lorsque Jean Baylot avait si adroitement ouvert les rituels, en Franc-maçonnerie, des Juifs et des Musulmans, hommes de grand discernement, ont été connus, parfaitement à l’aise dans cet ésotérisme, pourtant si chrétien, de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte. Certains grands penseurs occidentaux de l’initiation, comme René Guénon ont, non sans raisons, basculé leur foi dans l’Islam. N’oublions pas que, dans le roman du Graal de Robert de Boron, certains des plus illustres Chevaliers du Graal ne sont pas chrétiens !

Or l’indifférentisme religieux, s’il peut mener à une démotivation de sa propre religion, ce qui serait grave, il est surtout la résultante d’une vanité qui, elle, est liée à la formation de l’individu. Le message : «  Hors de nous point de salut » n’est pas crédible dans le monde moderne. Comment Dieu, infiniment bon pourrait-il condamner à la Géhenne éternelle, tous les hommes nés au mauvais moment et au mauvais endroit? Par contre, l’abandon de sa religion est un acte grave, traumatisant, et de lourdes conséquences. Mais envisager l’exclusivisme religieux comme un thème à considérer, cela n’a rien de répréhensible en soi, cela débouche sur aucune gnose fumeuse. L’homme juste sera toujours sauvé. De plus certains hommes de bonne religion ont besoin de comprendre ce qui leur est exposé. Une voie de la connaissance a toujours existé, mais parfois elle est perdue ou bien cachée. Aux origines du développement d’une religion, tout est esprit, puis plus on la cadre, plus l’esprit est prisonnier de la matière, or la quadrature du cercle est impossible, donc la matière ne cadrera jamais l’esprit. Plus on réglemente, plus on s’éloigne de l’esprit.

Selon la même mécanique, la séparation de l’Église et de l’État a sûrement des bons côtés, mais l’homme lui vit toutes ses journées avec ses deux hémisphères cérébraux ! Il doit ainsi trouver la juste adéquation des deux en permanence. Une éducation religieuse éclairée est peut-être la meilleure méthode de faire le lien.

Mais, même si certaines religions veulent mettre la main sur toute métaphysique, encore une fois, ne confondons pas ésotérisme et religion, surtout dans cette thématique si hautement spécifique de la Chevalerie.